mercredi 16 avril 2008

Europe, Empire du Milieu ... et globalisation

J'ai coupé l'article, il était parfois trop technique ...
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** La BCE a de quoi se réjouir de cette fièvre qui emporte les matières premières vers des sommets. Les statistiques de l'inflation (0,8% en France au mois de mars et 3,2% en rythme annuel) justifient -- mais a posteriori -- son immobilisme et son discours intransigeant qui préconise "le ferme ancrage des anticipations en matière de stabilité des prix".

La seule chose dont J.C. Trichet puisse nous convaincre, c'est qu'il ne baissera pas les taux -- c'est-à-dire la rémunération de l'euro -- et qu'il compte sur les multinationales opérant en Europe pour tenir tête aux syndicats de façon à limiter la hausse des salaires du plus grand nombre tout en sauvegardant les rémunérations astronomiques des équipes dirigeantes -- lesquelles progressent cinq à 10 fois plus vite que l'inflation.

Dans un contexte d'économie globalisée, l'action résolue de la BCE, ou de quelques autres banques centrales occidentales, pour restreindre la demande intérieure ne peut avoir aucun effet sur la flambée des matières premières et des produits agricoles. Nous pouvons toujours nous mettre à circuler en vélo sur nos autoroutes et nous contenter d'un bout de lard le dimanche, cela ne fera aucune différence sur le cours mondial du pétrole ou de la viande.
Nous n'allons pas recommander aux Européens de troquer le poulet-frites en faveur du bol de riz... son prix a doublé en 18 mois du fait de l'explosion de la demande intérieure en Inde, en Afrique ou au Pakistan.

Et même si le cours du blé doublait, ainsi que celui de la viande hachée, cela ne dissuaderait pas les nouvelles classes aisées de Pékin, Shanghai ou Shenzhen de faire la queue au volant de leurs berlines allemandes flambant neuves devant les fast-food occidentaux pour commander des hamburgers XXL ; la magie du drive-in se rit de la rigueur de la BCE de l'autre côté de la planète.

Reste que le pouvoir d'achat de l'euro se renforce par rapport à celui du dollar. Cependant, notre capacité à exporter se réduit symétriquement : à terme, cela fera plus de chômeurs dans l'Euroland et l'inflation structurelle, qui a envahi la planète, continuera de prospérer comme si de rien n'était : elle se contrefiche des critères arbitraires de Maastricht !

La seule approche crédible reste celle de "l'inflation relative". Si celle-ci est supérieure à 7% en Chine sur fond de croissance annuelle à 10%, les 3,5% de l'indice IPCH (l'indicateur synthétique des prix en Zone euro) sont très supportables, à condition que la hausse de notre PIB avoisine 3%. Or cela n'a jamais été le cas -- y compris quand "tout allait bien" -- depuis le début du 21ème siècle !

Nous sommes partis sur des bases à peine supérieures à 1,5% pour 2008 -- et 0,5% en Italie qui vient de voter Berlusconi. Cela signifie qu'il faut soit appauvrir globalement les ménages de 2% -- via la réduction de la masse salariale et des prestations sociales --, soit tolérer une hausse de 2% de l'endettement global -- autrement dit des déficits publics.

Comme la seconde proposition de l'alternative nous est interdite -- toujours en application des critères de Maastricht --, cela signifie que c'est la consommation -- comprendre : le citoyen lambda -- qui devra supporter la totalité du choc de l'inflation. Les banques se retrouvent, en effet, contraintes de resserrer simultanément les vannes du crédit : la BCE nous précipite avec une bonne conscience jubilatoire dans le mur de la stagflation.


** En une demi-douzaine d'années, l'Empire du Milieu s'est doté de capacités de production surdimensionnées. S'il manque souvent de ciment sur la côte est ou à Pékin -- on bâtit à tout va avant les JO et l'exposition universelle de Shanghai --, le parc de machines-outils est pléthorique... la Chine a largement de quoi voir venir !

Les quantités d'énergie et de matières premières ne suivent tout simplement plus... mais allez expliquer cela à un peuple qui commence tout juste à goûter aux joies de la société de consommation !

Nous autres Occidentaux commençons tout juste à envisager d'adopter un mode de vie plus sobre, en espérant ne pas nous retrouver contraints de mettre en pratique les principes de la théorie controversée de la décroissance économique.

Mais aurons-nous le choix ?

Source : Chronique Agora

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